Thèmes / Féminisme
Tant de violence et tant d’indifférence!
8 novembre 2011
La lecture des premières pages de la Presse de ce matin lève le cœur. Depuis trente ans, près de 600 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada. 68% des cas sont des meurtres dont la moitié demeurent irrésolus. Les familles autochtones dénoncent l’indifférence avec laquelle leurs plaintes sont accueillies par les corps policiers. Les médias n’en parlent à peu près jamais. Jusqu’à cet article d’Isabelle Hachey ce matin. Enfin!
Leur peine et leur frustration sont justifiées. Qui n’a entendu parler de la famille Shafia soupçonnée d’avoir commis un horrible crime d’honneur? Qui n’est pas au courant de la disparition tragique des Natasha Cournoyer, Diane Grégoire ou Julie Surprenant?
Ce traitement différencié nous rappelle nos préjugés et parfois notre intolérance devant les problèmes graves qui affligent les populations autochtones. On évoque souvent la drogue, les violences, l’alcool, lorsque l’on parle des autochtones. On parle beaucoup moins de la surpopulation dans des logements mal isolés et trop petits, du chômage, du désespoir des jeunes, des maladies persistantes comme la tuberculose. On oublie de se rappeler que le Québec s’est engagé à négocier d’égal à égal avec les nations autochtones un partage du territoire et des ressources… sans que rien n’avance.
Je reviens à ces femmes disparues et trop souvent abattues comme des animaux pris au piège. Cette tragédie se passe au Canada, le « plus meilleur pays au monde » dixit Jean Chrétien. Je propose que nous n’acceptions plus jamais que des femmes, d’où qu’elles viennent, soient victimes d’une violence machiste et à certains moments raciste.
Nous approchons de la date du 6 décembre qui nous rappelle de bien tristes souvenirs. Beaucoup de personnes se mobilisent en ce moment pour que le gouvernement du Québec établisse son propre registre des armes à feu. Appuyons la coalition polysesouvient.ca .
Et veillons à ce que nos sœurs, conjointes, mères, amies, vivent en paix dans un Québec qui doit reconnaître l’égalité des femmes non seulement dans les chartes des droits mais dans la vie de tous les jours.
Françoise David
Abolition du registre des armes à feu: NON!
26 octobre 2011
Il n’y a rien d’autre à dire que: non et non au gouvernement Harper.
Après les portraits monarchiques, la nomination d’un juge unilingue anglophone, le renforcement des forces armées « royales » canadiennes, les coupes de subventions à des projets novateurs et progressistes (le Wapikoni mobile), voilà que ce gouvernement ultra-conservateur abolit le registre des armes à feu. Plus encore, il entend détruire les données accumulées depuis 15 ans. Un véritable scandale!
Il en aura coûté 2 milliards pour constituer le registre des armes à feu. Et Stephen Harper décrète que les données iront aux poubelles. Son objectif : empêcher les provinces de se donner leur propre registre. Mais de quoi je me mêle? On enregistre nos chiens, nos voitures, nos bateaux de pêche…et on refuserait d’enregistrer des armes?
J’en appelle ici aux féministes, à toutes les femmes québécoises et à ceux qui les aiment : il faut empêcher ce saccage. Exiger de nos députés fédéraux qu’ils et elles se battent sans relâche pour le maintien du registre et des données. Mais aussi contacter les députés-es du Québec pour que l’Assemblée nationale s’oppose unanimement au projet Harper. Envisager la création d’un registre québécois.
Je ne peux m’empêcher d’aller plus loin dans ma réflexion : comme j’aimerais que l’argent de nos impôts nous permette de vivre dans un Québec plus juste et plus vert plutôt que de financer toujours plus d’armes et de soldats! Si on décidait souverainement, au Québec, des politiques économiques, sociales et culturelles que nous voulons?
D’ici là, un travail nous attend : dire non haut et fort à Stephen Harper!
Françoise David
L’extrémisme religieux, c’est non!
17 octobre 2011
J’apprends qu’un dénommé Abdur Raheem Green viendrait à Montréal cette semaine pour donner une conférence et recruter de futurs islamistes. Ce monsieur défend le droit pour un mari de battre sa femme « pour la protéger du mal ». Je crois rêver!
Il y a quelque temps, le Canada expulsait Paola Ortiz, une mère de famille sans histoire, vers le Mexique sous de fallacieux prétextes. Et on accorderait à cet individu le droit d’entrer au Canada alors qu’il fait la promotion d’un acte criminel? Dans notre code criminel, il est interdit de battre qui que ce soit. La violence conjugale est sanctionnée par la loi.
Abdur Raheem Green ne doit pas venir à Montréal. Il n’est pas le bienvenu ici. Il faut que cela se sache!!!
Françoise David
Le ridicule ne tue pas, heureusement!
13 octobre 2011
On sait depuis hier que Métromédia Plus refuse qu’une affiche conçue par la troupe de théâtre Sibyllines soit placée dans le métro de Montréal. Ce qu’on voit sur cette affiche : deux femmes en tenue légère (mais oh combien décente!), l’une avec une cigarette à la main et l’autre tenant un verre d’alcool. L’affiche annonce la pièce « L’Opéra de quat’sous » de Bertold Bretch. Une pièce que j’ai vue. Remarquable d’actualité puisqu’il y est question, entre autres, de pouvoir et de corruption.
La représentante de Métromédia Plus indique, sous le couvert de l’anonymat (!!!) que « Rien d’offensant, de sexuel ne passe dans le métro ». Ah non? Et toutes ces pubs où l’on utilise allègrement le corps des femmes, ce n’est pas choquant?
Je m’insurge radicalement contre ces censeurs nouveau genre qui prétendent décider pour nous ce qui est offensant dans l’art et ce qui ne l’est pas. Et j’ai une petite question : la STM ne doit-elle pas convenir au préalable avec l’entreprise qui s’occupe de l’affichage du code d’éthique qui doit être appliqué? Où se cache la STM dans ce dossier?
Françoise David
J’ouvre un journal ce matin et qu’est-ce que je lis? Pour la première fois depuis cinq ans, 15% des électrices et électeurs québécois indiquent vouloir voter pour Québec solidaire. Quel bonheur!
Bien sûr, il faudra voir si cette tendance se maintient comme le disait le célèbre présentateur de nouvelles. Mais d’ores et déjà je tiens à souligner ce que je pressentais depuis un bout de temps : il y a de plus en plus de personnes qui nous trouvent intéressants, audacieux, crédibles et porteurs de tous les espoirs. Ça me donne envie de travailler plus fort, d’aller encore davantage vers les gens, d’être présente dans leurs luttes et leurs préoccupations quotidiennes. Après une courte pause d’écriture…
Notre dernier congrès
Je suis fière du congrès qui vient de se dérouler à Québec solidaire. Nous faisions face à des défis importants: adopter en un temps record un nombre impressionnant de résolutions, rendre les travaux intelligibles à l’ensemble des délégués-es y compris ceux et celles qui venaient pour la première fois à un congrès, aboutir à des propositions à la fois audacieuses et enracinées dans le terrain québécois.
Nous y sommes arrivés. Le congrès débouche sur la proposition d’une économie plurielle où le secteur public occupe une place importante de même que l’économie sociale et coopérative. Une grande avancée féministe : la reconnaissance que le travail souvent invisible des femmes, rémunéré ou non, fait partie intégrante de l’économie. Nous proposons aussi une économie décentralisée et plus démocratique où les pouvoirs sont partagés entre les travailleurs-euses, les communautés, les directions d’entreprise, et même des groupes d’usagers-ères ou de citoyens-nes. Des nationalisations? Oui, surtout dans le secteur énergétique. Mais en laissant de la place à des initiatives locales et régionales.
Plus encore : le congrès a reconnu des droits sociaux et syndicaux : interdiction de lock-out, légitimité de grèves politiques, diminution de la semaine de travail, augmentation importante du salaire minimum. Lorsque l’on accorde de l’importance au temps de vivre, de partager, d’aimer, dans un congrès politique…c’est que l’on est vraiment proches des besoins exprimés par nos concitoyens-nes.
Québec solidaire sort uni de ce congrès. Les uns-es et les autres ont dû faire des compromis. Personne n’a été marginalisé, contrairement au titre d’un journal, ce matin. Nous avons trouvé des solutions équilibrées aux désirs exprimés par les 350 délégués-es. Nous avons aplani des divergences en adoptant des propositions où une immense majorité de nos membres peuvent se retrouver à l’aise.
Bravo à toutes et tous, merci et au revoir!
Avant un congrès, je dors moins bien : comment va-t-il se dérouler? Pourrons-nous trouver les chemins qui nous rassembleront au-delà de nos divergences? Et chaque fois, je sors emballée de nos congrès et conseils nationaux, impressionnée par la sagesse collective qui s’en dégage.
Ce sera certainement le cas en fin de semaine alors que nous allons débattre d’économie, d’écologie et de travail. Gros sujets! Comment faire en sorte que l’économie soit au service des communautés et qu’elle respecte les droits des travailleuses et des travailleurs? Plus que cela : comment appliquer concrètement une vision féministe de l’économie, celle qui nous apprend que les millions d’heures passées à s’occuper des familles, du voisinage, de nos quartiers, villes et villages…doit être considérée dans l’économie comme un apport indispensable et chiffré.
Comment développer le Québec sans viser une croissance effrénée et à tout prix? Comment accomplir véritablement le nécessaire virage vert?
Qui doit être propriétaire des ressources énergétiques et naturelles au Québec? Comment les exploite-t-on et lesquelles développer?
Tout un menu, comme vous pouvez le voir! Nous attendons 400 délégués-es de toutes les régions du Québec. Les débats seront certainement très riches! J’ai hâte!
J’y reviens en début de semaine prochaine avec mon prochain blogue.
Françoise David
Lettre ouverte au ministre Raymond Bachand*
11 mars 2011
Monsieur le ministre,
Au moment où le Québec s’interroge sur l’intégration des nouveaux arrivants, un programme de formation et d’insertion à l’emploi pour femmes immigrantes risque de fermer ses portes, après quatre années d’investissement et d’efforts soutenus. Parce qu’il ne trouve plus de financement gouvernemental.
Je voudrais vous parler d’Aïcha, de Marie-Carmelle, de Marie-Lourdes et de Nadège. Ces femmes ont décidé de relever un défi redoutable : s’engager dans un processus exigeant de formation afin d’obtenir une reconnaissance professionnelle et un emploi de préposées aux chambres dans de grands hôtels de Montréal. Elles l’ont fait au cours d’une formation de 13 semaines chez Service d’entretien Pro Prêt, dans le quartier Rosemont. Aujourd’hui, elles occupent des emplois majoritairement syndiqués et reçoivent des salaires variant entre 12 et 18 dollars l’heure.
Savez-vous, monsieur le Ministre, combien coûte ce programme d’insertion par femme participante? Un petit cinq mille dollars. Au moment où l’industrie hôtelière, à Montréal, est à la recherche de personnel qualifié, n’est-il pas aberrant de mettre fin à ce programme?
L’organisme Service d’entretien Pro Prêt est à la veille d’annoncer la mort de la formation de préposées aux chambres parce que tout financement lui est désormais refusé. Dans tous les ministères concernés, on lui dit que le travail accompli est excellent mais que le gouvernement doit maintenant financer de NOUVEAUX projets. On fait quoi de ceux qui ont démontré leur grande utilité?
Monsieur le ministre, vous préparez un budget dont les conséquences seront énormes pour l’ensemble des Québécoises et des Québécois. Vous devez prendre en compte les besoins des plus mal-pris d’entre nous, parmi lesquels beaucoup de femmes et d’immigrants. Vous devez soutenir les organismes communautaires et les entreprises d’insertion qui, au jour le jour, reçoivent et accompagnent des milliers de personnes en situation d’exclusion et de pauvreté. Si vous ne le faites pas, nous comprendrons alors que l’égalité et l’émancipation des femmes sont des mots que l’on aime écrire dans les textes gouvernementaux mais qu’au fond, les « vraies affaires » sont ailleurs. Peut-être dans les crédits aux minières?
Françoise David
Cet article a été diffusé dans le Devoir, le site internet de la Rue Frontenac ainsi que dans le Journal Métro
Jugement Lola: une avancée féministe?
5 novembre 2010
J’ai réfléchi pas mal depuis le jugement Lola. La féministe en moi a hésité un peu : sommes-nous devant un jugement qui infantilise les femmes, celles qui ont choisi de vivre en union de fait ou bien leur donne-t-il enfin un peu de sécurité?
Le débat fait rage dans les médias. Des hommes et des femmes s’insurgent : les femmes sont désormais scolarisées, elles pratiquent divers métiers, elles savent ce qu’elles font en vivant en union libre, pourquoi chercher à leur assurer une pension alimentaire pour elles-mêmes? N’est-ce pas là un jugement archaïque qui ne tient pas compte des nouvelles réalités?
D’autres rappellent que beaucoup de femmes n’ont pas atteint l’égalité malgré des avancées indéniables. Elles gagnent encore environ 72% du revenu des hommes, sont majoritaires parmi les travailleurs-euses à temps partiel, sur appel, au salaire minimum. Au moins 20% des femmes avec des enfants en bas âge restent à la maison et s’en occupent à temps plein. La responsabilité des enfants, malgré une amélioration dans le partage des tâches domestiques, demeure largement féminine. Pourquoi ne pas reconnaître cela par une pension alimentaire en cas de séparation et assurer aux femmes un revenu décent?
Alors, on fait quoi?
Finalement, je pense que ce jugement a le mérite de poser à la société québécoise une couple de bonnes questions :
-Dans une union libre, les conjoints-es sont-ils ou elles responsables du bien-être de leur ex à vie? Est-ce que l’on doit poser la question de la même façon pour un couple qui vit ensemble depuis moins de 3 ou 5 ans que pour les gens qui vivent ensemble pendant 10 ou 20 ans?
-Lorsque nous débattons de cette question, devons-nous tenir compte de la présence d’enfants? Autrement dit, dans un couple vivant en union libre mais n’ayant pas d’enfants en commun, la responsabilité mutuelle doit-elle se poursuivre au-delà d’une rupture?
Je vis en union de fait depuis longtemps. Ce matin, je me suis demandé : me sentirais-je responsable de mon chum s’il arrivait (ce n’est pas du tout prévisible, rassurez-vous!) que l’on se sépare? Ma réponse est oui. Je ne pourrais supporter qu’il vive dans la précarité. On s’est toujours entraidé, le revenu de chacun-e d’entre nous ayant fluctué dans le temps, je ne puis imaginer que l’un ou l’autre vieillisse dans la pauvreté. Ai-je besoin d’une loi pour dicter ma conduite? Non.
Mais j’essaie de m’imaginer un couple qui vit comme moi en union libre depuis longtemps. Ils sont dans la soixantaine, ont eu des enfants qui sont maintenant autonomes. Arrive une séparation. Monsieur gagne un salaire vraiment plus élevé que madame (courant!) ou bien est un jeune retraité avec un bon fond de pension alors qu’elle n’en a pas. On accepterait qu’il la laisse tomber et qu’elle vieillisse dans la pauvreté?
Une autre situation bien plus courante que l’on pense. Un jeune couple dans la trentaine. Ils ont scolarisés tous les deux. Mais son revenu à lui est un tiers plus élevé qu’elle (courant encore une fois) car il travaille dans un domaine où les salaires sont élevés (informatique, plomberie, médecine, courtage, police, etc…). Elle est infirmière, intervenante communautaire, esthéticienne, vendeuse dans un centre d’achat, travailleuse sociale. Ils ont des enfants en bas âge et c’est elle qui reste à la maison quand un enfant est malade. Normal : elle perd moins d’argent quand elle s’absente du travail! Sans compter qu’elle travaille souvent moins de 40 heures par semaine.
Arrive une séparation. Elle recevra sans doute une pension alimentaire pour les enfants. Devrait-elle en recevoir une pour elle? Il me semble que cela se discute si l’on tient compte du fait qu’elle voudrait assurer à ses enfants un niveau de vie comparable à celui qu’ils ont lorsqu’ils sont chez leur père. On devrait aussi tenir compte des responsabilités qu’elle a assumées face à l’éducation des enfants.
Ma position est donc (finalement!) que le jugement Lola devrait amener le législateur québécois à soumettre à la consultation publique un projet de loi qui tienne compte de toutes les nouvelles réalités dans lesquelles vivent les couples d’aujourd’hui :
- Le fait, oui, que la plupart des femmes sont autonomes financièrement…mais avec des revenus bien moins élevés que les hommes dans beaucoup de cas. Y compris chez celles qui ont un diplôme d’études supérieures.
-Le fait que beaucoup de couples vivent en union libre et que la loi doit désormais en tenir compte. Ce n’est plus un phénomène marginal.
- Et finalement, le fait qu’il faut considérer la présence ou non d’enfants encore à la charge des parents, la durée de la relation et l’âge des personnes vivant en couple.
Je sens que nous n’avons pas fini d’en parler!!!
Bonne fin de semaine,
Françoise David
J’étais à Gatineau, hier soir. 300 femmes de tous les milieux et âges revendiquent et fêtent leur complicité depuis la Marche de 1995. Une belle soirée!
Je me souviens… Je suis depuis un an présidente de la Fédération des femmes du Québec. Nous sommes le 26 mai 1995. Le soleil brille et 800 femmes, rassemblées dans trois contingents, s’apprêtent à marcher 200 kilomètres de Montréal ou Longueuil jusqu’à Québec. Aussi, de Rivière du loup à Québec. Toutes se retrouveront le 4 juin devant l’Assemblée nationale en compagnie de 20,000 personnes.
La marche Du pain et des roses est une folle aventure. La Fédération des femmes du Québec, que je préside à l’époque, n’a pas d’argent, elle a perdu des membres et peine à se faire entendre. Alors pourquoi ne pas marquer l’imaginaire en choisissant de marcher contre la pauvreté? Pas seulement celle des femmes mais celle aussi des personnes âgées, des jeunes sans-emploi, des itinérants. Les temps sont durs, on sort à peine d’une récession. C’est ainsi que des centaines de femmes marcheront durant 10 jours sur des routes de campagne. Deux cents kilomètres plus tard, elles ont conquis les coeurs et les esprits. Le gouvernement de Jacques Parizeau comprend qu’il doit répondre aux revendications des femmes. Nous réalisons des gains. Il faut dire que nous sommes à 5 mois d’un référendum sur la souveraineté…
La FFQ a désormais le vent dans les voiles, les adhésions affluent, la population la retrouve comme aux premiers jours, en 1966. Comme lors du débat public sur l’avortement dans les années 70. Comme dans la lutte pour le maintien de l’universalité des pensions de vieillesse.
Et vient la Marche mondiale des femmes en l’an 2000.
Au milieu des années 90, la Fédération des femmes du Québec a choisi au cours d’un congrès d’orientation d’être d’abord –mais pas uniquement- la voix des femmes qui n’ont pas de place dans la société, de celles qui, occupées à survivre, ne peuvent envahir les médias ou les arènes politiques : femmes monoparentales, autochtones, immigrantes, handicapées, travailleuses à statut précaire et souvent sous-payées. Le combat contre les inégalités et la pauvreté est difficile dans un contexte où le gouvernement québécois recherche à tout prix ce qu’il appelle « l’équilibre budgétaire ». Il a coupé dans les budgets de l’aide sociale, de la santé et de l’éducation et augmenté au minimum (!) le salaire minimum. Alors, on récidive avec une autre marche mais cette fois, en mobilisant des femmes dans plus de 100 pays. L’aventure est tout aussi risquée qu’en 95. Nous connaissons mal les mouvements féministes des autres pays. Les différences culturelles, linguistiques, organisationnelles, voire religieuses, sont énormes. Et pourtant, nous réussissons. Pourquoi? Parce qu’au-delà des différences et des divergences, les féministes savent s’unir lorsque le bien-être des femmes l’exige. Nous nous rendrons jusqu’à l’ONU pour porter des revendications qui permettraient d’éradiquer les violences envers les femmes et de lutter efficacement contre la pauvreté.
Au Québec, le gouvernement de Lucien Bouchard est obnubilé par sa lutte au déficit. Il apporte des réponses navrantes comme le fameux 10 sous d’augmentation du salaire minimum! La colère des femmes est profonde. Ce gouvernement finira par adopter en 2002 la Loi cadre sur l’élimination de la pauvreté et il reprendra la construction de logements sociaux qu’il avait abandonnée. Trop peu trop tard. En 2003, Jean Charest et le parti libéral sont portés au pouvoir. En 2006 naît Québec solidaire, un parti féministe et de gauche.
Une très longue marche se poursuit.
Elles sont des milliers à parcourir en ce moment-même les routes du Québec en cette mi-octobre frileuse. On dira : encore? Mais n’ont-elles pas atteint l’égalité, ces Québécoises qui ont envahi tous les milieux de travail, sont majoritaires dans les cegeps et forment la moitié du Conseil des ministres?
Je me souviens qu’en 1995 et 2000 nous disions que les Québécoises étaient les championnes du travail précaire, sur appel, occasionnel, à temps partiel. La majorité d’entre elles ne bénéficiaient pas de la Loi sur l’équité salariale. Les coupes dans les services publics alourdissaient leurs responsabilités familiales. Les violences sexuelles ou conjugales de même que le harcèlement en milieu de travail, demeuraient très présents dans la vie de nombreuses femmes. Les femmes immigrantes étaient souvent sous-payées et confinées à des emplois dévalorisants. Les femmes autochtones subissaient plus que toutes les autres le fardeau d’une pauvreté immense assortie de problèmes sociaux dévastateurs. Cela a-t-il tant changé?
Malheureusement pas. Bien sûr, il y a les congés parentaux et les services de garde à 7$ par jour. Mais oui, des femmes se trouvent maintenant à œuvrer en milieu traditionnellement masculin et sont bien payées. MAIS :
L’abolition par le gouvernement Charest de la commission de l’équité salariale!
Les trop faibles prestations à l’aide sociale!
Les coupes dans les services publics qui se multiplient!
Les travailleuses (75%) des organismes communautaires à qui l’on demande d’accomplir des miracles sans qu’elles soient rémunérées convenablement!
Les violences qui n’en finissent pas!
Les aidantes dites « naturelles » qui n’en peuvent plus de prendre soin des malades sans soutien de l’État!
Les services de contraception et d’avortement peu disponibles, les femmes enceintes qui cherchent désespérément un soutien médical!
Les infirmières qui réclament des conditions de travail acceptables dans le réseau public!
On n’a pas fini de marcher! Il y a tant à gagner encore pour les femmes et pour un Québec de justice et d’égalité pour toutes et tous! Le gouvernement libéral a pourtant choisi la semaine dernière de voter contre une motion présentée par le député de Québec solidaire et qui appuyait des revendications portées par la Marche mondiale des femmes 2010. Cette semaine, il semble bien que la Ministre de la condition féminine soit invisible. Ce gouvernement réalise-t-il que les femmes (la moitié de la population!) sont maintenant et pour toujours des actrices incontournables de la scène publique, sociale et politique? C’est un pensez-y bien, monsieur Charest!
Mes amies, mes amis, toutes et tous à Rimouski dimanche!
Françoise David
Marcheuse en 1995 et 2000
Registre des armes à feu : victoire!
23 septembre 2010
Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais hier soir, au moment du dévoilement des résultats, j’ai bondi sur mes pieds et j’ai applaudi toute seule dans mon salon. Enfin!
Cette victoire à l’arraché nous apprend une fois de plus que la mobilisation citoyenne peut faire la différence. Plusieurs groupes se sont battus pour le maintien du registre. En particulier le mouvement des femmes, au Québec et dans le reste du Canada. Bravo à toutes celles qui ont pris le temps de participer aux campagnes de lettres.
Deux points à noter : 11 députés conservateurs du Québec ont voté contre le registre. Il faudra leur rappeler lors des prochaines élections fédérales. Deux : plusieurs députés du NPD ont aussi voté contre le registre ce qui est désolant pour un parti social-démocrate. Par contre, il faut signaler que les efforts de Jack Layton ont porté fruit puisque quelques députés de son parti ont finalement voté pour le registre et ont ainsi permis cette victoire féministe dont nous réjouissons.
J’espère que c’est le commencement de la fin pour les Conservateurs. Il faut en finir avec ce gouvernement rétrograde. On s’en occupera lors des prochaines élections!
Françoise David
