Chers amis, chères amies,

Un petit pot-pourri cette semaine.

D’abord, merci pour vos commentaires sur les livres et les libraires. Je tiens à rassurer les quelques-uns qui pourraient croire que je rejette les livres grand public. Il n’en est rien!!! Par exemple, j’ai dévoré la trilogie de Marie Laberge, (Gabrielle, Florent, Adélaïde) tout comme Les filles de Caleb, d’Arlette Cousture. J’adore les romans policiers. Et je termine en ce moment Le nettoyage ethnique en Palestine de Illan Pappe, un des nouveaux historiens israéliens. C’est pareil pour le cinéma. J’ai rigolé devant Bienvenue chez les Ch’tis mais je suis sortie terriblement émue (et ravie!) du film de Xavier Dolan : J’ai tué ma mère.

Par contre, je maintiens que nous devrions encourager les librairies indépendantes aussi bien que les petits restos ,cafés, espaces d’artistes, petits magasins, etc. C’est du commerce local pratiqué par des Québécois-ses qui, la plupart du temps, se fendent en quatre pour accommoder les clients-es. Oui, on peut commander un livre dans une librairie indépendante. J’aime aussi le lien avec les libraires. Ces gens-là connaissent les livres et nous font découvrir des auteurs-es méconnus.

Un autre sujet : nous entendrons des chanteurs anglophones dans Rosemont le 23 juin. Au début, devant ce que je croyais être un show bilingue, j’ai ressenti un léger malaise. Mais rapidement, je me suis rendue compte qu’il n’en était rien. On chantera surtout en français le 23 juin au soir. Et j’ai eu envie de dire : Bienvenue à la Fête nationale de tous les Québécois, de toutes les Québécoises. J’ai des amies anglophones. Elles parlent un excellent français. Mais je pourrais comprendre qu’elles aient envie d’un bout de fête dans leur langue et pourquoi pas?

Finalement, l’Iran. Je suis tellement heureuse de voir le peuple iranien se soulever devant ce qui apparaît maintenant comme une gigantesque fraude électorale! Ces jeunes, ces femmes, risquent beaucoup à manifester leur colère. J’admire leur courage et leur détermination.

Vous savez que mon collègue et ami, Amir Khadir est d’origine iranienne. Dimanche dernier je suis allée avec lui à une fête iranienne au parc Angrignon. Il y avait là des centaines de personnes qui fêtaient la fin de l’année scolaire en famille. Elles parlaient toutes de la fraude électorale et espéraient une mobilisation massive de leurs compatriotes iraniens. C’est arrivé. J’espère maintenant que le peuple aura droit à de nouvelles élections libres et transparentes. J’espère surtout que le pouvoir n’utilisera pas la répression pour mater les opposants-es. Je souhaite à toutes ces femmes, aux jeunes, aux paysans, aux chômeurs, à la classe moyenne iranienne de vivre dans un pays où les libertés civiles sont respectées.

Lorsque l’on voit ainsi des peuples se lever, ça nous donne des envies, non? On aurait bien des raisons de le faire nous aussi : dilapidation de nos ressources naturelles, projets en PPP, scandales politico-financiers, privatisation des services publics…la liste est longue des raisons de se tenir debout!

On continue le combat?

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Bonjour et merci à ceux et celles qui ont réagi à mon texte de la semaine dernière. Je voudrais simplement répondre à quelques interrogations, ce qui me donnera l’occasion de préciser ma pensée.

Si le titre de ce blogue indique « suite et fin », ce n’est pas parce que le débat sur la laïcité au Québec est terminé, loin de là! Mais c’est tout simplement parce que, la semaine prochaine, j’aurai envie de vous parler d’autre chose!

Alors, allons-y.

  1. Un-e employé-e de l’État doit-il être une personne totalement neutre à tous points de vue? Je ne le crois pas. À mon avis, les institutions publiques doivent manifester leur neutralité de la façon suivante: ne prendre parti pour aucune religion, croyance particulière ou absence de croyance. Mais puis-je demander aux 500,000 employés-es de l’État de devenir une sorte de corps anonyme, homogène, sans opinion et sans diversité? À mon avis, cela n’est pas réaliste. Ce que je veux, c’est obtenir des services de l’État, donnés par des gens compétents et respectueux de la clientèle, que ces gens soient croyants ou incroyants, de droite ou de gauche. Est-ce que cela me dérangerait qu’une préposée portant une croix ou un voile donne des soins à ma belle-mère qui réside dans un centre pour personnes âgées? Pas du tout et je sais que cela ne la dérangerait pas non plus en autant que les soins soient donnés avec gentillesse et efficacité. Évidemment, il ne saurait être question de tolérer le moindre prosélytisme.

En somme, je plaide pour le maintien de la situation actuelle : il y a dans les services publics des travailleuses et des travailleurs portant des signes religieux. Pourquoi, subitement, voudrions-nous interdire quelque chose qui ne soulève aucun tollé au quotidien?

  1. Ne pas interdire le port du voile dans la fonction publique et les services publics revient-il à appuyer les intégristes?

Ne pas interdire le port d’une croix très visible, revient-il à appuyer le pape Benoît XVI dans ses opinions sur l’avortement, la contraception et l’ordination des femmes? Poser la question, c’est y répondre.

Le voile est un symbole d’infériorisation des femmes, c’est là mon opinion. Et à Montréal, je suis convaincue que des pressions familiales ou sociales (dans certaines communautés musulmanes) amènent des femmes à le porter. Mais je sais aussi  que certaines femmes musulmanes choisissent de le porter pour des raisons identitaires, religieuses ou politiques.

Je refuse de voir en chacune des ces femmes une agente d’un islam fanatique et fondamentaliste. Ça n’est pas la réalité. Ces temps-ci, des tenants d’une laïcité totale se plaignent d’intolérance face à leurs points de vue et cela existe. Je puis vous affirmer, par contre, que j’ai reçu plusieurs courriels franchement intolérants, voire haineux, à l’égard des musulmans-es et des populations arabes, venant de personnes se disant pour une laïcité complète des institutions politiques. Bref, l’intolérance est bien répartie dans notre société!

Je suggère que nous cherchions à comprendre les opinions et modes de vie de nos compatriotes musulmanes portant le voile plutôt que de les « démoniser ». Cela rendra le débat plus facile.

Je rappelle enfin, que la position de la Fédération des femmes du Québec était : ni obligation, ni interdiction. Dans l’effervescence du débat, on a un peu oublié l’aspect : ni obligation. Autrement dit, nous avons le devoir d’accorder notre entière solidarité à toutes celles que des maris ou des lois veulent forcer à porter le voile et à se conformer à des préceptes religieux discriminatoires.

Plusieurs réclament un débat public sur la laïcité au Québec. C’est une excellente idée. Car il faudra bien un jour nous mettre d’accord sur la signification de ce mot et sur le choix du modèle de laïcité que nous voulons.

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Que n’a-t-on pas dit, la semaine dernière sur le voile! J’en rajoute un peu aujourd’hui en vous racontant un pan de ma vie.

J’ai été élevée dans « l’eau bénite » comme la plupart des femmes de ma génération. Ma mère, une femme intelligente et généreuse, était très croyante et très attachée aux rites et aux préceptes religieux. C’est ainsi que j’ai fait carême, porté un voile à l’église, mangé du poisson le vendredi (d’infects bâtonnets congelés!), récité le chapelet lors du mois de Marie, etc. Ma mère consultait son confesseur pour les décisions importantes de sa vie. Elle m’interdisait de lire des livres « à l’index ». Oui, j’ai connu tout ça!

Mais j’ai eu une enfance heureuse puisque tout cela me paraissait normal. J’y adhérais sans me poser de questions. Jusqu’à la fin du secondaire. Là, j’ai commencé à douter, à me rebiffer, à ne plus avoir envie d’être une enfant de Marie. À lire les livres interdits par ma mère, à voir en cachette des films défendus. Il faut dire que le Québec changeait aussi! J’ai tout laissé tomber, croyances religieuses, pratiques, rituels, interdits. Je ne suis pas devenue anticléricale mais indifférente à tout ce qui touchait le religieux. C’était sorti de ma vie.

Je suis devenue une militante de gauche et, par la suite, féministe. C’est alors que j’ai compris comment toutes les religions, et surtout leurs maîtres, oppriment les femmes. On l’a vu et on le voit encore dans des pays musulmans fondamentalistes. On voit aussi l’influente Église catholique, en Amérique latine, soutenir fortement les gouvernements qui, partout, refusent aux femmes le droit à l’avortement.

En 1995, nouveau choc « culturel » dans ma vie. Avec la Fédération des femmes du Québec, nous organisons la marche Du pain et des roses. Et je découvre avec stupeur des réseaux de femmes laïques ou religieuses catholiques… et féministes! Elles hébergent et nourrissent des marcheuses, contribuent financièrement à l’organisation, signent des lettres d’appui, etc. Plus tard, certains de ces réseaux deviennent membres de la FFQ. Elles sont présentes activement dans tous les combats, se gardant parfois une réserve lorsqu’il s’agit d’avortement ou d’homosexualité, par exemple. Mais jamais elles ne votent contre le libre-choix, elles préfèrent s’abstenir.

Au début, ma perplexité est totale : comment concilier un engagement dans ce qui me paraît être l’une des institutions les plus patriarcales au monde…et militer comme féministe? À force d’observer ces femmes, à force de discuter avec elles, j’en viens à comprendre qu’elles souhaitent véritablement transformer l’Église catholique. Cela me parait être un gros parcours à obstacle. Je leur dis. Elles en conviennent…mais elles ont la foi, elles sont courageuses, patientes, déterminées.

Pour être complètement franche, elles ne m’ont pas convaincue que cette église est réformable, en tout cas, pas à court terme. Mais leur engagement aux côtés des femmes du Québec et du monde m’est apparu complètement sincère. Certaines sont devenues des amies.

Et le voile?

Vous comprendrez donc que mon regard sur les personnes qui sont engagées au sein de religions ou d’églises a changé. Je crois toujours que les églises oppriment les femmes de toutes les façons : refus de les ordonner, interdiction de la contraception et de l’avortement, prescriptions quant aux vêtements et aux modes de vie, soumission aux maris et aux religieux, sanctions comme l’excommunication ou, plus dramatique encore, la lapidation. C’est intolérable. D’autant plus intolérable que des religieux cherchent depuis toujours à imposer leurs vues aux pouvoirs politiques. C’est ce qui arrive aujourd’hui dans une partie du monde musulman où politique et religion sont intrinsèquement liées. N’oublions pas non plus les hindouistes intégristes qui ont leur parti en Inde (le BJP) et le conservatisme de l’Église catholique qui s’oppose à toute libéralisation de l’avortement en Amérique latine. Rappelons-nous enfin l’influence des chrétiens fondamentalistes sur l’ex-président des États-Unis, Georges W Bush. Tout cela je le dénonce avec vigueur.

Mais je refuse que l’on fasse subir aux femmes elles-mêmes, en l’occurrence, les femmes portant le voile, au Québec, plus de discrimination qu’elles en subissent déjà. Je pense que la plupart portent le voile à cause des pressions familiales, sociales et religieuses. Je reconnais cependant que certaines le portent pour des raisons identitaires ou politiques et qu’on retrouve parmi elles des féministes. Comme beaucoup de Québécoises, je ne comprends pas que l’on choisisse de cacher son corps ou une partie de son corps pour des raisons religieuses. Mon enfance à l’eau bénite me rappelle combien une église peut peser lourdement sur les femmes.

Mais je me rappelle aussi mon cheminement et celui de ma mère. Et je pense à mes amies religieuses. Pourquoi donc ne pas accepter que des femmes cherchent par divers moyens le chemin de leur libération? Pourquoi ne pas appuyer celles qui, à l’intérieur des églises, travaillent à les transformer? Pourquoi ne pas poursuivre sur le chemin des rapprochements et de l’intégration puisque des femmes portant le voile travaillent déjà dans la fonction publique et les services publics? À ce jour, personne ne s’est élevé pour critiquer les comportements des éducatrices en service de garde, enseignantes, infirmières, médecin, portant le voile. L’an dernier, Jean Dorion, alors président de la Société St-Jean Baptiste, a rendu un témoignage émouvant devant la commission Bouchard-Taylor, sur sa gardienne portant le voile, et qui est devenue une amie de la famille. Il avait découvert la femme sous le voile.

Et puis, imaginez… Un gouvernement dépose un projet de loi pour interdire le port de signes religieux ostentatoires dans les services publics. Une telle loi serait probablement irrecevable devant les tribunaux. Plus grave, elle diviserait grandement la population. Je vois d’ici les hauts cris des catholiques! Nous venons de vivre une semaine éprouvante où le débat a souvent cédé le pas aux invectives et même au racisme. En témoignent certains courriels reçus à Québec solidaire. A-t-on envie de vivre cela durant des mois?

Je suggère donc que nous adoptions deux mots : ouverture et vigilance.

Vigilance devant toute tentative du religieux d’infiltrer le politique. À court terme, d’ailleurs, nous devrions surveiller de près les agissements des groupes pro-vie appuyés officiellement par le cardinal Ouellet la semaine dernière. Un projet de loi conservateur pourrait bien revenir par la porte de derrière! Vigilance aussi devant les imams et devant la prolifération des Églises chrétiennes fondamentalistes, au Québec, une situation dont on ne parle jamais mais qui devrait nous inquiéter. Est-ce que l’on a la moindre idée de ce qui se dit dans ces églises le dimanche? On y prône une complète égalité entre les femmes et les hommes?

Vous, le savez-vous? Voulez-vous nous en parler?

Et finalement, ouverture : la vigilance n’empêche pas le dialogue et la compréhension. N’ajoutons pas un voile au voile, cela ne nous mènera nulle part.

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Bonjour à tous-tes,

J’ai lu avec intérêt la plupart de vos commentaires sous mon dernier billet, et ça m’a donné le goût de poursuivre avec vous la discussion entamée la semaine dernière. Tenir un blogue peut être utile pour réfléchir collectivement sur des enjeux, et je suis bien contente de pouvoir le faire avec vous!

Certains m’écrivent que j’ai raison d’être en colère et de mettre en doute le capitalisme. Mais vous vous demandez comment en venir à bout.

Honnêtement ? Je n’ai pas de réponse toute faite à cette énorme question. Ça fait bien longtemps que je ne crois plus au Grand Soir. Ce à quoi je crois ? Aux milliers d’initiatives citoyennes qui fleurissent au Québec. Aux coopératives. Aux projets d’agriculture soutenue par la communauté. Aux services mis sur pied par des centaines d’organismes communautaires. Je crois à des services publics universels, gratuits, accessibles également à tout le monde. Je me réjouis des Forums sociaux qui se multiplient aux quatre coins de la planète et réunissent des millions de personnes engagées dans leurs communautés.

Mais je pense aussi que cela ne suffira pas pour assurer à chaque être humain, au Québec et ailleurs, un revenu décent, une vie digne, des réseaux sociaux intéressants, un environnement sain. Il faut plus. Une action politique décidée, courageuse, cohérente. Une fiscalité juste et équitable. Des politiciens-nes qui soutiennent le développement d’une économie verte et d’entreprises respectueuses des droits des travailleuses et des travailleurs. Des gouvernements qui travaillent pour les intérêts de la majorité et non qui se font les complices des riches et des puissants.

Est-ce rêver en couleur ? Non, surtout si on évite de tomber dans les solutions simplistes. Si on tire des leçons des erreurs du passé. Et, pour moi, la Russie stalinienne fut plus qu’une erreur : une catastrophe humaine et économique.

Oui, à mes yeux, la remise en question du capitalisme est une nécessité. Faisons-le avec les gens en les mobilisant dans des projets porteurs d’espoir. Demandons-nous si une certaine décroissance est souhaitable et possible. Réfléchissons à nos choix environnementaux. Cherchons ensemble comment renouveler la démocratie. Demandons-nous quel rôle nous voulons donner à l’État dans l’organisation de la société.

De grandes questions, n’est-ce pas ?

Plus simplement, des réponses possibles à des questions bien concrètes :

-Comment retrouver des emplois dans la forêt ? Certainement pas en continuant de subventionner l’industrie forestière et en la laissant piller nos forêts. Je propose plutôt que les villes et villages concernés se donnent des plans sur 20 ans ! Qu’on encourage le développement de coopératives pour une gestion ordonnée de la ressource forestière. Et pour tout de suite, que des moyens soient fournis aux travailleurs qui ont perdu leur emploi pour se recycler ou pour assurer aux plus âgés une retraite convenable.

-Devrait-on imposer un salaire maximum ? À mon avis, oui et ça presse, entre autres parce que l’écart de revenus entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de s’accroître ! D’ailleurs, à votre avis, quel devrait être ce maximum?

-Est-il raisonnable que l’État nous oblige à payer des impôts ? Oui, bien sûr ! Après tout, c’est avec nos impôts que l’État ouvre des hôpitaux, des écoles, des centres d’emploi. C’est avec nos impôts qu’il assure du transport en commun, des Centres à la petite enfance, le recyclage de nos déchets. On a besoin de ces services et on les veut pour tout le monde, sans distinction.

Encore une fois, merci de m’écrire. Continuons les discussions !

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En avez-vous assez de votre dose de mauvaises nouvelles quotidiennes (pertes d’emplois, faillites, scandales politico-financiers) ? Êtes-vous exaspérés de découvrir chaque jour de nouvelles fraudes ? Votre niveau de confiance envers les politiciennes et politiciens est-il descendu quelque part au fond des mers ?

Je comprendrais parfaitement que vous répondiez oui à toutes ces questions. Pourquoi ? Parce que, moi aussi, je suis en colère. Vous me connaissez : j’ai un tempérament plutôt calme. On me dit nuancée et posée. Mais là, maintenant, devant ces avalanches d’informations toutes plus navrantes les unes que les autres, j’ai envie de dire très fort : basta, c’est assez !

Assez des désastres écologiques, de l’échangeur Turcot que l’on veut refaire comme si on n’avait rien appris depuis les années 50. Assez des patrons qui gagnent 400 fois le salaire de leurs employés-es. Assez de ces mêmes patrons qui mettent à pied des milliers de personnes mais touchent des rentes extraordinairement élevées. Assez des minières qui font main basse sur nos ressources sans que, finalement, cela ne leur coûte rien. Assez de voir nos lacs mourir à cause de l’insouciance inexcusable des pouvoirs publics. Assez de mettre en place des organismes de charité pour les personnes pauvres plutôt que de lutter collectivement contre la pauvreté.

Je me rends bien compte que ma colère est aussi la vôtre. La nôtre. Le 28 avril, j’ai participé à une soirée organisée par l’Institut du nouveau monde, justement sur la crise. La salle applaudissait chaque fois qu’une personne s’en prenait aux dominants de la planète qui nous ont menti en nous promettant la prospérité universelle grâce aux bons soins d’un marché non-contrôlé. Les gens voient clair. Et osent maintenant poser de vraies questions.

Comme : le capitalisme ne serait-il pas porteur de « gènes » qui conduisent les riches et les puissants de ce monde à se croire tout permis du moment que le profit est au rendez-vous ? Aurons-nous l’audace collective de tenter d’imaginer un autre monde, une autre organisation économique, d’autres façons de vivre les rapports sociaux entre nous et entre les humains et la nature ? Remettrons-nous l’économie à sa place, c’est-à-dire au service des personnes et non le contraire ?

J’aimerais vous lire. Connaissez-vous des initiatives citoyennes ou politiques inspirantes ? Participez-vous déjà à des projets collectifs ? Pourquoi ne pas partager nos idées et nos expériences ? Chercher, avancer ensemble.

Québec solidaire lance aujourd’hui son manifeste sur la crise. C’est un début, une tentative de poser des questions nécessaires. À vous de continuer!

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En lien avec l’actualité nationale publiée sur le site internet de Québec solidaire.

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J’entreprends avec vous un voyage qui nous amènera à causer politique, livres, films, vie quotidienne et je l’entreprends…en autobus.

Ce matin, comme à chaque fois, je me dépêche pour ne pas rater le bus. Il arrive…mais le feu est rouge de mon côté. Qu’à cela ne tienne, le chauffeur m’attend gentiment. Qui a dit que tous les chauffeurs sont grognons et détestables ? Sur la ligne 197, ils-elles sont plutôt aimables, les gens les saluent, certains-es piquent une causette. On est au pays des merveilles ? Non, simplement sur le boulevard Rosemont, à Montréal.

Le soleil chauffe les fenêtres du bus et mes pensées vagabondent. Tiens, le marché Métro est fermé. La crise ou une rationalisation pour faire face à la concurrence ? En tout cas, ce ne sera pas pratique pour les gens du quartier sans parler des travailleuses et des travailleurs qui viennent de perdre leur emploi. Plus loin, le marchand d’automobiles. Un autre qui va avoir des difficultés ! Et le nouveau resto beau, bon et pas trop cher. Comment va-t-il ?  Il paraît que des centaines de restos ont fermé en 2008. Lorsque les finances familiales sont serrées, on mange à la maison.

Rue Papineau. Dans ce secteur du quartier, trop de gens vivent pauvrement dans des logements insalubres. En fait, ce sont souvent des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il n’y a pas de centre de jour pour les accueillir. Plusieurs logent dans des maisons de chambre. De temps en temps, on en voit dans l’autobus se parler à eux-mêmes, dans un univers où nous n’avons pas accès.

Le parc Marquette, l’école secondaire, l’aréna et, à l’horizon, l’église Saint-Ambroise,  jamais terminée, œuvre du grand architecte québécois Cormier  et dont on a remplacé certaines briques blanches d’origine par des briques de teintes différentes. Une autre blessure patrimoniale dans ce Montréal pas toujours respectueux de son passé.  Le printemps est enfin arrivé et nous verrons tous les jours, tous les soirs, des dizaines de jeunes jouer au soccer dans des costumes colorés. L’école Marquette, qui se remet d’un incendie, c’est celle du quartier. Ses enseignants-es éduquent des milliers d’adolescents-es avec les moyens du bord, ceux de l’école publique. Je suis certaine que son dynamique directeur aimerait bien disposer de plus de ressources, d’un personnel plus nombreux, de classes moins lourdes. Est-ce qu’on se décidera un jour à miser sur l’école publique plutôt que de verser des subventions à l’école privée ? Est-ce que l’on comprendra que la mixité sociale, c’est bon pour les élèves que l’on dit « forts », pour celles et ceux qui sont dans la moyenne et pour les autres qui rament  afin d’ y arriver ?

Je poursuis mon voyage. Une résidence pour personnes âgées. J’y suis allée en campagne électorale. L’accueil a été chaleureux comme à chaque fois que je me retrouve avec des personnes âgées. Mais pour qui ont-elles voté ?

St-Hubert : bientôt une bibliothèque publique pour les résidents-es de l’ouest de la Petite-Patrie. Et un développement domiciliaire où il y aura des logements sociaux. Voilà des projets qui revitalisent un quartier. Voilà de belles propositions à faire pour des avenues de sortie de crise : investir dans l’utile, dans la culture, dans le bien-être des gens. Y aura-t-il aussi des logements sociaux dans l’îlot Bellechasse ? Il le faut !

Métro Rosemont, tout le monde descend. Le livreur du « 24 heures » me tend un journal…que je refuse en souriant. Le 24 heures fournit des articles au Journal de Montréal en grève, donc, je ne prends pas. Le livreur est âgé, tous les jours il est là, à l’extérieur du métro, beau temps mauvais temps. Je me demande bien combien il est payé… ? Au salaire minimum ou au nombre de copies distribuées ? Je lui demanderai la prochaine fois…

Vous prenez l’autobus ? À quand remonte votre dernier voyage ? Vous lisez dans le bus, vous écoutez de la musique, vous réfléchissez ?

À bientôt, pour un autre voyage,

Françoise David

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