La dernière trouvaille de François Legault : on pourrait abolir les cégeps. Pas tout de suite -monsieur Legault a d’autres priorités- mais à long terme. Il parle ici des programmes pré-universitaires. « Il y a un problème de drogue très important actuellement dans nos cegeps! » ajoute-t-il sans le début d’une démonstration. Dans la bouche d’un ancien ministre de l’éducation, voilà des déclarations surprenantes. C’est à se demander s’il a déjà mis les pieds dans des collèges publics.

Moi je l’ai fait. J’ai dû en visiter au moins une quarantaine dans toutes les régions du Québec. J’ai été émerveillée par les réussites de ces institutions inégalées et par leur rôle unique dans les communautés. Sait-on que, depuis la création des collèges publics, dans les années soixante, des centaines de milliers de jeunes y ont été diplômés et ont ensuite accédé aux études universitaires? Sait-on que leur taux de diplômation est actuellement de 71%, l’un des plus hauts au Canada? Réalise-t-on que les cegeps sont des phares socio-culturels dans de nombreuses régions, que l’on y trouve des galeries d’art, des ciné-clubs, des studios de radio, des groupes de solidarité internationale? Que leurs étudiants-es sont engagés dans les communautés au sein d’activités supervisées par les profs; que d’autres parcourent le monde dans des stages ou au cœur de voyages culturels; que des échanges sont réalisés entre étudiants-es des villes et des régions… On est bien loin ici du portrait caricatural de jeunes qui s’adonneraient massivement à la consommation de drogues.

Soyons clairs. Ceux qui rêvent d’abolir les cegeps n’ont qu’une idée en tête : ajouter une année supplémentaire au secondaire et une aussi à l’université. Or, le gouvernement Charest prévoit augmenter dramatiquement les droits de scolarité universitaires. Si l’on souscrit à la proposition Legault, bien des jeunes et des parents devront payer quatre années pour un bac universitaire au lieu de trois. La classe moyenne casque encore. Les riches s’en fichent.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas d’accord. Je trouve la proposition de monsieur Legault frivole, non-fondée et dangereuse. Je propose de conserver les cegeps et de les considérer comme « patrimoine mondial de l’humanité ». C’est à moitié une blague car vraiment, pour moi, les collèges publics sont des joyaux à préserver.

 

Françoise David

Votre point de vue (11 commentaires)

  1. Samuel Binette
    Mercredi 5 octobre 2011 à 16 h 34

    Excellent article! Je suis actuellement en 2e année au CEGEP, et je trouve complément irréfléchi l’idée de Legault. Je pense qu’il ne comprend aucunement le but du CEGEP! Le CEGEP est la formation qui m’a le plus instruit (si on ne parle pas du primaire qui est une base) j’ai approfondit mon expérience et mes connaissances à vive en société, organiser mon temps, la littérature québécoise. Il parle de problème de consommation de drogue… PROBLÈME????????? Consommation de drogue oui et se au même niveau que notre société actuelle. Le problème n’est pas la consommation de drogue, mais bien comment nous la consommons. Il y a un problème majeur de sensibilisation concernant la marijuana et ce problème a déjà été celui de l’alcool lors de la prohibition. L’INTERDIT. La marijuana ce n’est pas de l’héroïne, c’est un produit de consommation pour le divertissement, comme l’alcool, et qui a même plusieurs effets médicinaux! Oui il y a des gens qui en souffrent, tout comme les alcooliques, mais tout est dans la manière dont on consomme le produit et ceci commence par une sensibilisation plus intelligente que celle utilisée actuellement. Bref, ce que je trouve inconcevable (je n’étais pas au courant du point de vue de M. Legault concernant les CEGEP avant de lire cet article) c’est qu’il utilise la drogue comme argument. C’est complètement ridicule et même lâche…

    et les frais de scolarité… comme si on avait pas déjà des problèmes avec ça…

  2. the Ubbergeek
    Mercredi 5 octobre 2011 à 17 h 52

    Pour la.. drogue? Mais qu’est-ce que vous dites comme niaiseries, Legault…

    Je suis pro-CÉGEP. Je parle pas mals avec des étrangers, et quand je leur explique – succintement – le truc appelé CÉGEPs, moi, j’ai eu des commentaires comme ‘mais c’est pas une mauvaise idée du tout, cà!’. Sérieux.

    J’aime le fais, l’idée d’une gradation plus ‘smooth’ vers l’université. Et donc, donner aussi des trucs universitaires basiques au CÉGEP.

  3. Thomas Bradley
    Mercredi 5 octobre 2011 à 18 h 13

    QS devrait demander à M. Legault de présenter des excuses officielles à tous les étudiantes et étudiants qui fréquentent, ont fréquenté et (surtout) qui fréquenteront le CEGEP, des jeunes qu’il considère et accuse n’être que des junkies et, en gros, des profiteux du système.
    Qu’il trouve d’autres façons pour courtiser le vote de ceux qui ne sont jamais allés au CEGEP!
    En même temps, encourageons le à se prononcer sur le plus de sujets possibles : comme Sarah Palin, il a l’air attrayant au début, mais on a qu’à le laisser parler pour qu’il se discrédite lui-même!

  4. Kevin Miclette
    Mercredi 5 octobre 2011 à 19 h 22

    Je reprend the Ubbergeek; Pour la.. drogue ?
    Je suis au Cégep en ce moment et c’est une révélation!
    Le secondaire, j’en étais plus capable. J’attendais l’extase qu’est le cégep. Liberté et Confiance font en sorte que nous, les étudiants, devenons mature. En plus d’étudier dans ce que j’aime, j’ai des bonnes notes grâce au cours qui m’intéressent vraiment ! Le cégep d’après moi est une excellente manière de nous former, pour l’Université, mais aussi comment être des adultes responsables.

  5. Solène Bourque
    Mercredi 5 octobre 2011 à 20 h 33

    Merci Madame David, je suis d’accord avec vous que c’est là un joyau à préserver.

    J’enseigne au Cégep depuis 2004 en éducation spécialisée et je m’enrichis tous les jours au contact de ces jeunes, intelligents, drôles vifs et plein d’idéaux.

  6. Julie Dionne
    Mercredi 5 octobre 2011 à 20 h 41

    Bien d’accord avec vous!
    Avec la hausse des frais de scolarité dans nos universités, ce serait un désastre de couper les étudiants de cette possibilité de s’engager dans des études supérieures. Certains étudiants se découvrent une passion parmi les nombreux domaines universitaires a ce moment là seulement. Sans compter l’importance de l’accessibilité régionale quand on a à peine 18 ans …

  7. Benoit Renaud
    Jeudi 6 octobre 2011 à 07 h 42

    Les cégeps constituent un des résultats les plus précieux de notre révolution tranquille. J’y ai passé les trois plus belles années de ma vie! La caricature qu’en fait M. Legault est digne d’un politicien créditiste des années 1970…

  8. Jean-Marc Lefebvre
    Jeudi 6 octobre 2011 à 08 h 21

    Très bon article avec lequel je suis tout-à-fait en accord, non pas que tout soit rose et réussite au cegep, mais c’est un formidable lieu de réalisation qui a fait ses preuves. Quant à la drogue, vaudrait peut-être mieux ajouter cinq années au primaire et éliminer les polyvalentes. Non, sérieusement, mr Legault adopte là une position de droite qui ravira le monde des affaires.

  9. Caroline Désy
    Jeudi 6 octobre 2011 à 13 h 25

    La drogue dans les Cégeps, ça ne vous rappelle pas Camille Samson ?
    Merci Françoise pour vos billets toujours pertinents !

  10. Jean-Marc Ostiguy
    Jeudi 6 octobre 2011 à 21 h 49

    Merci pour ce billet. Comme François 1er Legault ne m’inspire pas je n’étais pas au courant de sa dernière imbécilité. Mais peut-être que F.L. veut abolir les cegeps car il se dit que c’est inutile en relisant ses textes ou en écoutant Jean Charest, Pauline Marois et cie. qui sont passé par le cegep, dans ce cas on le comprend. Mais si on regarde et écoute tous ceux et toutes celles qui ont étudié au cegep, nous sommes nombreux et nombreuses, ce serait une honte de privé les générations actuelles et futures de cette institution qui permet de développé notre potentiel citoyen. C’est ça en réalité: F.L. (comme Pauline Marois qui voulait abolir les cours de philosophie) a peur que les citoyens développent leur esprit critique. Un peuple éduqué c’est dérangeant.

  11. the Ubbergeek
    Samedi 8 octobre 2011 à 03 h 56

    Un p’tit joint de temps en temps aiderait Legault et cie.. et puis, les libertariens sont contre la ‘guerre à la drogue’ pas mal, aussi.. ;)

    On pourrait à la limite enlever le préuniversitaire, gros max (mauvaise idée pour moi). Mais abolir le tout? non. Le consensus est ‘au moins, laisser le technique!’. Le génie du CÉGEP y est, selon plusieur.

  12. Ajouter un commentaire


    Fil RSS des commentaires de ce billet Fil RSS des commentaires de ce billet






bande_bas_de_page